Conte zen (les deux pots)

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Il y a longtemps, quelque part dans un petit village tranquille, vivait une vieille femme. Celle-ci habitait un endroit reculé, à l’écart des autres habitations, dans une modeste demeure sans grand confort. Elle vivait simplement, des légumes de son jardin au fond duquel chaque matin, elle se rendait pour puiser l’eau dont elle avait besoin pour la journée. Ainsi, dès l’aube, elle se munissait des deux pots de terre qu’elle utilisait comme récipients depuis toujours. Elle se servait d’un bâton et suspendait un pot à chaque extrémité, puis se harnachait de la perche qu’elle posait sur ses épaules comme cela se faisait alors afin de porter une lourde charge.
La vieille femme parcourait ensuite le sentier conduisant au puits où elle remplissait ses deux cruches avant de remonter jusqu’à la maison. Là, elle déposait les pots devant la cheminée et, à chaque fois, l’un était plein, l’autre à moitié vide. Et pour cause, il était fêlé depuis des lustres et perdait la moitié de son contenu durant le trajet.
Un jour, la cruche fêlée lui dit :

– Je ne comprends pas. Tous les jours tu te fatigues à me remplir et me rapporter jusqu’à la maison. Mais regarde-moi ! Je perds la moitié de ta précieuse eau en cours de route ! Enfin, ouvre les yeux ! Vois l’autre cruche, elle est pleine et moi je suis à moitié vide. Pourquoi me gardes-tu ? Je te cause de la peine inutilement. Tu ferais mieux de me jeter !

La vieille femme rit.
Puis elle répondit :

– C’est toi qui n’ouvres pas les yeux, mon ami. N’as-tu pas remarqué toutes les fleurs magnifiques qui bordent le chemin jusqu’au puits ? Elles me donnent beaucoup de joie et cela, c’est grâce à toi qui inconsciemment les arroses chaque matin lorsque je te porte jusqu’à la maison.

Conte zen

Ainsi, nos faiblesses, nos blessures que l’on occulte ou refoule ont une raison d’être. Nous cherchons à nous débarrasser de ce qui peut être une porte d’entrée vers des richesses intérieures insoupçonnées. Acceptons notre part d’ombre comme nous acceptons notre part de clarté, car elle fait partie de notre être tout entier. La nuit est indissociable du jour. Qui serait assez fou pour nier l’existence de la nuit ? N’hésitons pas à ouvrir notre cœur pour aller y puiser la paix. Nous possédons pour y parvenir un formidable moyen d’accès : ces failles qui nous dérangent.
Ne cherchons pas à les fermer.
Car c’est par nos failles que pénètre la lumière.

2013-03-09T12:20:19+00:00
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